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Pauline Kayitare info@kayitare.com

Synopsis court

1. Échappetutsitutsir aux tueurs

Il y avait au Rwanda des signes avant-coureurs du génocide. Pauline les a vus mais, trop jeune, elle ne pouvait les interpréter (discrimination ethnique à l’école primaire, violences physique sur Pauline par un enseignant hutu, déplacements de populations tutsies venues chercher à Kibuye un refuge pour échapper aux exactions ethniques dans le nord du pays, etc.) Elle les comprend dans les jours qui suivent l’assassinat du président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, grâce à sa mère qui lui explique la situation politique et l’implore de se cacher et de ne jamais dire à personne qu’elle est tutsie Pauline est envoyée chez sa grand-mère, mais les tueurs (les Interahamwe) sont partout. À plusieurs reprises, elle frôle la mort, dans des circonstances inouïes. Les collines sont en feu, les maisons détruites, les tueurs se retrouvent parfois à deux mètres de Pauline sans la voir ; à une barrière érigée par les tueurs, Pauline ment – une fois de plus – sur son identité et échappe à la mort, contrairement à la centaine de Tutsie qui se trouvaient avec elle ; un tueur la viole mais néglige de la tuer, trop occupé d’aller voler les vaches d’autres Tutsie déjà assassinés.)  C’est encore l’inouï qui se produit lorsqu’elle retrouve son père par hasard sur l’île Nyamunini du lac Kivu. Le père est désabusé par l’immensité de son malheur, il cède le rôle de protecteur et inaugure avec sa fille une relation de complicité entre adultes. À deux, malgré les menaces lancinantes des tueurs, ils vont essayer de recommencer la vie, sans être sûrs que les autres (la mère de Pauline, ses frères et sœurs, les oncles et tantes) ne sont pas morts. La nuit, quand les tueurs sont censés dormir, le père traverse régulièrement le lac Kivu pour tenter de retrouver et sauver les siens. Pour Pauline, qui ne peut pas croire que les siens ont été exterminés, commence le temps de l’attente. Le génocide prend un tour institutionnel lorsque 4.000 Tutsie sont exterminés au stade Gatuaro et dans l’église de Kibuye. Des centaines de rescapés affluent sur l’île, blessés pour la plupart. Des rumeurs circulent selon lesquelles les Interahamwe viendront “nettoyer” l’île. Pauline et son père fuient au Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo), sur la grande île Ijwi. Ils y vivent d’expédients. Les Bashi (Congolais de la région) accusent les Tutsie du même péché que les Juifs : d’avoir tué Jésus-Christ, en plus d’avoir assassiné le président Habyarimana. Sous ce prétexte, ils les maintiennent dans une servitude proche de l’esclavage (travaux des champs, tâches auxiliaires, etc.) Les rebelles tutsie gagnent la guerre, une paix précaire s’installe, Pauline et son père retournent à Kibuye pour chercher les disparus. En vain. La zone Turquoise (pacification assurée par l’armée française) occupe le terrain. Pauline est confiée par son père à des soldats du FPR (rebelles tutsi également appelés Inyenzi ou cancrelats) pour qu’elle puisse entamer un cycle d’études primaires dans le nord du pays.

2. Construire sa vie

Pauline mène ses études tambour battant. Avec une volonté proche de l’inconscience, elle suit le cursus qui la mènera à l’université, au travers des vicissitudes d’un pays en proie à la vengeance récurrente des Interahamwe. Deux de ses écoles sont attaquées par ces derniers, Pauline échappe encore une fois à ces massacres. D’internats en internats, Pauline arrive à l’université de Kigali (gestion/économie). Grâce à une amie, elle rencontre Stéphane, qui deviendra plus tard son mari et elle obtient un visa français. Elle débarque à Roissy en décembre 2001. Elle est éblouie par la France. Elle demande le statut de réfugiée politique en France et l’obtient au bout d’un an, non sans quelques malices. Grâce à l’aide de Nathaniel, un Juif sexagénaire, elle suit des cours à la Sorbonne. Il lui présente aussi une famille auvergnate qui vit en banlieue parisienne et procure à Pauline du travail. Stéphane vient la voir régulièrement. Pauline vit comme une double vie : d’un côté sa vie professionnelle et sentimentale se stabilise, d’un autre côté, elle est comme hantée, dans le secret de son cœur, par le destin de sa mère, de ses frères et sœurs, dont elle n’a pas la preuve qu’ils sont mort ni comment ils le sont. Un soir, son père lui apprend la terrible nouvelle. Pauline sait désormais que les siens sont morts et qu’ils ont été assassinés sauvagement.

3. Enterrer les morts

Commence alors l’attente. Comme Antigone dans la tragédie de Sophocle, Pauline ne peut vivre sans rendre aux morts ce qui leur est dû : une sépulture. Elle attend impatiemment sa naturalisation pour pouvoir se rendre au Rwanda. Son père garde les restes des défunts durant six ans pour permettre à sa fille de satisfaire ce que certains appelleront un caprice mais que Pauline regarde comme une nécessité impérieuse : rendre aux siens les derniers honneurs.

Elle arrive finalement au Rwanda le 8 mars 2009, presque quinze ans jour pour jours après le début du génocide. Elle recueille les restes de sa mère, de son frère Innocent, de son grand-mère paternel, les autres membres de sa famille ayant déjà été ensevelis dans des fosses communes. Elle reconnaît les siens à leurs vêtements, le chemisier violet de sa mère, le maillot de corps blanc avec ses rayures verticales bleu foncé et le slip bleu ciel de son frère. Elle lave les morts, précautionneusement, en évitant que les os ne tombent en poussière. Et elle les enterre à Kibuye, à Mataba, le centre de gravité de sa famille.